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Rosalía de Castro ou la féminité “made in Galice”

Quand Nature et Culture entrent au service du Politique.

Une analyse de l’oeuvre rosalienne d’après une perspective féministe.

L’écrivaine galicienne Rosalía de Castro y Murguía.

Entre terre et patrie…

La patrie de l’écrivaine et poétesse Rosalía de Castro (1837 – 1885) était la Galice, non la Castille, pourquoi cette opposition ? Car Rosalía de Castro peut être considérée comme étant le blason de la Galice, une métaphore de ce qu’avait pu être et est cette terre. Une incarnation de cette « Galiza-mulher » (Galice – femme). La Galice peut en effet être considérée comme étant féminine mais ce, si on la regarde depuis un angle colonialiste.

Vers une construction mythique.

Ce mythe crée d’une Galice féminine avait servi les intérêts du colonisateur castillan. La féminité, même si elle n’est pas unique, est en général assimilée à un état faible, face à la force et à la virilité de la masculinité, les sentiments et la faiblesse physiques ne sont en apparence pas les meilleures armes face à la force brute. De fait, des hommes efféminés ne pouvait attirer que la dérision et la moquerie, face à une Castille d’homme masculins, c’est-à-dire forts. Les stéréotypes qui se dégagent des ces deux forces qui s’opposent font parties du système de la colonisation.

Rosalía de Castro malgré sa robustesse physique, incarnait selon nombres de critiques cette Galice féminine, ils allèrent jusqu’à dire qu’elle en était l’incarnation même. Elle incarnait des valeurs de femme pieuse et vertueuse. Cependant dans le discours castillan on trouva chez les femmes galiciennes peu de vertus. Pourquoi s’attaquer aux femmes ? Parce que les vertus des femmes étaient un argument de force. C’est donc dans le discours galicien que Rosalía représentait ces vertus. Dans ces discours, il s’agissait donc, de décrire la culture et l’identité galicienne.

Colonisateur et colonisé: du dominant et du dominé ?

Ce sont deux points de vue différents qui nous sont proposés, celui du colonisateur castillan et celui du colonisé galicien en réponse à cette volonté d’expansion. Rosalía est le symbole de cette identité galicienne.

Nous sommes donc face à un paradigme de féminité lorsque le ministre González Besada qualifie l’œuvre de Rosalía de Castro et son attitude comme étant « modeste », et non d’un paradigme du génie artistique.

Ce sont des tropes que l’on se propose d’exposer ici, les tropes de la sentimentalité galicienne qui s’oppose à l’image du celte vigoureux que l’on pourrait trouver dans des œuvres d’Eduardo Pondal. Ces deux images sont par conséquent en opposition. Pourquoi une Galice féminine ? Parce que faible selon le colonisateur castillan. Il est nécessaire de faire triompher l’une des deux images.

La Galice ou le prestige retrouvé…

La Galice n’était en effet pas la Castille, tout d’abord la langue les sépare, le galicien était pour les castillans une langue rurale tandis que pour les galiciens il s’agissait d’une langue qui, au Moyen-âge était parlé à la Cour avant que le géant castillan ne vienne la remplacer. Pour les galiciens cette langue n’a aucunement perdu de son prestige. Le galicien est par conséquent prêt à rivaliser avec le castillan. Le galicien est reconnu comme étant une langue lyrique au même niveau que le provençal. Il existe une confluence en la lyrique provençal et la lyrique populaire galicienne et cette condition était nécessaire pour qu’elle arrive à son apogée dans la Péninsule. Selon Carré Aldao la lyrique populaire galicienne alla jusqu’à améliorer la lyrique provençale en lui insufflant une âme.  

Une “comédie inévitable” ? : Quand la féminité sert les rapports de forces.

La féminité et la sentimentalité face à la force brute semblent être une faiblesse, cependant selon Carré Aldao c’est cette sentimentalité qui fait la force de la nation galicienne, il la décrit comme supérieure, différente et plus exquise. Ce point de vue est un héritage de la sensibilité du XVIIIème siècle. Dans lequel l’empathie et la compassion renforcerait un « ordre socio-psychologique » enraciné dans « l’optimisme historique » des Lumières. Carré Aldao considérait donc cela comme étant une marque avancée d’un stade dans la course à la civilisation. Mais jadis, les arguments qui prévalaient étaient ceux de la sexualité différenciée, féminin/masculin avec ses qualités respectives. Il défendait donc le sentimentalisme masculin pour que cela serve à la grandeur de la Galice. Nouvelle rhétorique coloniale.

Du point de vue de l’espagnol, du castillan, ce sentimentalisme réduisait les hommes à de simples « efféminés naïfs et [comme étant] un essaim de petits poètes efféminés ». Ce qui faisait la force n’était rien d’autre que des qualités masculines primitives comme le sont la force et l’agressivité.

Une vision stéréotypée manipulée: quand les tropes se font latents.

Le but était de modifier ces représentations mentales, ces schémas mentaux. Il s’agissait de définir la Galice comme étant porteuse d’une culture civilisée. Les femmes, quant à elles devaient réaliser leurs rôles de femmes épouses, de mères et de veuves. Rosalía correspondait à ce rôle. Nous sommes donc face à un dilemme moral du régionalisme galicien. Face à une moralité ou à une amoralité. Il est nécessaire d’ajouter que l’être galicien avaient deux amours, l’amour de l’homme, il était philanthropique et l’amour de la terre. La patience et la docilité devaient être les vertus des femmes galiciennes.

Rosalía de Castro était une excellente chrétienne, même si certains critiques trouvèrent quelques touches d’anticléricalisme dans ses œuvres. Le but du programme galicien était de construire un idéal féminin dans l’imaginaire national galicien, l’écrivaine et poétesse Rosalía de Castro en est devenu l’archétype. Il fallait par conséquent soigner l’image de l’auteure, éliminer tout ce qui pouvait venir contrecarrer cette image de femme vertueuse et sacrificatrice.

On arriva dans la littérature jusqu’à opposer une Galice féminine et tendre à une Castille aride et grossière, ces tropes sont donc des « fantasmes coloniaux ».

Vers un sentimentalisme à outrance ? La Genèse d’une nation.

D’autres auteurs tels que Castelao utilisèrent des métaphores féminines pour décrire le paysage galicien. Comme pour Rosalía, il s’agirait d’un paysage doux et harmonieux, lequel rompt avec celui d’une Castille aride et sèche. La douceur et la beauté féminines sont incarnées dans le paysage. La campagne est aussi fertile et maternelle. Les galiciens, sont les enfants de la Terra Nai (Terre Mère). « La patria es la tierra. » (« La patrie c’est la terre. ») ajoute Castelao. C’est un sentiment de saudade, de mélancolie heureuse, qu’emporte avec eux les galiciens et portugais lorsqu’ils quittent leur terre.

Nous nous trouvons face à des constructions mentales et coloniales, autant du côté de l’oppresseur que de l’opprimé. Les êtres humains ressentent la nécessité d’avoir des idéaux, lorsque ces derniers s’en rapprochent plus grande est la satisfaction et plus intense l’orgueil. Ces tropes sont des mythes construits par les êtres humains eux-mêmes. Il s’agissait de construire un idéal-nation crée par les politiques qui voulaient une Espagne unie et les autres une Galice indépendante. Tout est question de colonialisme, de l’image que l’un possède de l’autre, pour asseoir son pouvoir. L’image d’une Rosalía femme et galicienne servit à la construction d’une région-nation qu’est la Galice.

https://www.youtube.com/watch?v=bBvLr5r83vw
Pour aller plus loin et si vous comprenez le galicien: Conférence sur le livre “Galiza um povo sentimental?: género, política e cultura no imaginário nacional galego”.
Langues du livre : anglais, portugais.

Sources: Livre(s): – Miguélez-Carballeira, H., Galiza, um povo sentimental?: género, política e cultura no imaginário nacional galego, Através, S.l., 2015. Vidéos: – Galicia, a sentimental nation (UVigo) – Youtube. Galiza, um povo sentimental? (Helena Migueles Carballeira) os livros falam. – Youtube. , Articles: – Le galicien ; María Montes López ; Université de Saint Jacques de Compostelle ; 2008. – Stéréotypes et construction identitaire dans Cantares Gallegos de Rosalía de Castro : le « nous » galicien face à « l’autre » castillan ; Jorge Cagiao y Conde ; Univeristé de Tours ; 2007.